L’exception méditerranéenne : adapter l’action publique aux réalités agricoles de l’Occitanie

L’exception méditerranéenne : adapter l’action publique aux réalités agricoles de l’Occitanie

Appliquer les mêmes règles partout sur le territoire national, alors que le changement climatique, la sécheresse ou les épisodes orageux n’affectent pas les régions de manière homogène, pose aujourd’hui une question de fond. En Occitanie, territoire agricole majeur mais structurellement fragile, cette équation se traduit par des contraintes accrues sur des exploitations déjà fortement exposées aux aléas climatiques.

Comme le souligne Denis Carretier, président de la Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie, « nous sommes partis du constat qu’en Occitanie, nous étions souvent défavorisés par le climat et moins productifs ». Coups de chaleur répétés, stress hydrique chronique ou, à l’inverse, excès d’eau lors d’épisodes orageux violents : ces phénomènes pèsent durablement sur les capacités de production des exploitations agricoles régionales.

Cette vulnérabilité est renforcée par la typologie même de l’agriculture occitane. La taille moyenne des exploitations s’établit à 49 hectares, bien en deçà de nombreux autres bassins de production. Les indicateurs économiques traduisent cette réalité : le chiffre d’affaires moyen par exploitation atteint 19 500 euros en Occitanie, contre 48 000 euros au niveau national. « Ce constat est catastrophique », alerte Denis Carretier, précisant que des écarts comparables se retrouvent également dans les structures de transformation régionales.

Face à cette situation, la Chambre régionale d’agriculture ne demande ni nouvelles lois ni nouveaux décrets, mais une adaptation de l’application des textes existants. L’exemple de la loi sur l’eau de 1964 illustre cette problématique : les mêmes critères de gestion quantitative et qualitative s’appliquent en Bretagne comme en Occitanie, sans tenir compte des différences climatiques et hydrologiques. « C’est totalement aberrant », estime Denis Carretier, plaidant pour qu’« une loupe spécifique » soit posée sur les territoires méditerranéens.

Cette demande d’un regard différencié a été portée au plus haut niveau de l’État, notamment lors d’un échange avec le président de la République à Toulouse le 12 novembre 2025, en lien avec le préfet de région et la présidente de Région. Sur la question cruciale du manque d’eau, des signaux encourageants ont émergé, avec l’éventualité d’un projet de loi sur le stockage de l’eau annoncé pour début mars. Les différents échanges entre le législateur et les parties prenantes ont ainsi permis de faire de l’Occitanie un « territoire expérimental » unique qui permettra de lever certains freins et points de blocage, favorisant dès lors l’émergence de projets structurants.

Au-delà de l’eau, cette approche territorialisée concerne l’ensemble des problématiques agricoles, environnementales et urbanistiques. Pour les filières agroalimentaires d’Occitanie, l’enjeu est clair : concilier adaptation réglementaire, maintien de la production et ambition nationale en matière de souveraineté alimentaire. Une reconnaissance de l’exception méditerranéenne apparaît ainsi comme une condition essentielle pour préserver la compétitivité et la durabilité des productions régionales.

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