Après les incendies qui ont ravagé les Corbières en 2025, une partie des raisins marqués par les fumées a trouvé une nouvelle voie de valorisation. L’Union des Distilleries de la Méditerranée (UDM) et le Cellier des Demoiselles ont transformé une récolte compromise en une eau-de-vie singulière, symbole de l’adaptation et de la solidarité d’une filière face aux aléas climatiques.
Face à une vendange marquée par les fumées des incendies qui ont sévi en 2025, les acteurs de la filière viticole ont choisi d’explorer une nouvelle voie de valorisation. Une partie des raisins a ainsi été orientée vers la distillation pour donner naissance à une eau-de-vie originale. Cette initiative a été portée par l’Union des Distilleries de la Méditerranée (UDM), groupement coopératif agricole basé à Vauvert (Gard), et par la cave coopérative Le Cellier des Demoiselles de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse.
Spécialisée dans la collecte, la transformation et la valorisation des sous-produits de la viticulture, l’UDM inscrit cette démarche dans une logique d’économie circulaire. Marcs, lies, vins ou autres matières issues de la filière peuvent ainsi retrouver une utilité grâce à différents procédés de transformation. Cette fois, l’enjeu était différent puisqu’il s’agissait de donner une seconde chance à une vendange fragilisée par une catastrophe naturelle, tout en apportant un soutien aux producteurs touchés.
Une signature aromatique née du feu
La particularité de l’eau-de-vie obtenue tient à son profil aromatique. Les fumées des incendies ont laissé une empreinte perceptible, transformant une conséquence subie en marqueur identitaire. « Le goût fumé est la conséquence des incendies. Nous n’avons pas souhaité le masquer. Bien au contraire, nous avons voulu le mettre en avant comme un marqueur gustatif », explique Hugues Maignan, directeur général de l’UDM.
Après la distillation, le produit sera élevé plusieurs années sous bois afin de trouver un équilibre entre les arômes fruités, les notes fumées et celles apportées par le vieillissement. Sa commercialisation sera assurée par Le Cellier des Demoiselles, avec des bénéfices reversés aux coopérateurs victimes des incendies.
Une initiative symbolique plus qu’une nouvelle filière
Cette expérience reste toutefois exceptionnelle. Tous les raisins exposés aux fumées ne peuvent pas être valorisés de cette manière. L’intensité et la durée d’exposition, l’état sanitaire des raisins ou encore les caractéristiques de la matière première sont déterminants.
« Il s’agit d’une petite production à la portée symbolique. La taille du marché des eaux-de-vie de vin du Languedoc ne permet pas aujourd’hui une valorisation de cette manière de tous les raisins brûlés », souligne Hugues Maignan.
Au-delà du produit, cette cuvée raconte surtout la capacité d’un territoire à rebondir. Elle témoigne d’une mobilisation collective pour transformer une situation de crise en opportunité, même limitée.
La viticulture face à de nouveaux risques
Avec la multiplication des épisodes climatiques extrêmes, les incendies deviennent un enjeu croissant pour les exploitations viticoles qui accusent des pertes économiques, la fragilisation des récoltes et se retrouvent dans l’obligation d’adapter leurs pratiques. Entretien des parcelles, gestion des abords des vignes, anticipation des risques sont autant de réalités que les professionnels intègrent progressivement dans leurs stratégies.
Si l’eau-de-vie issue des raisins fumés ne constitue pas une solution généralisable, elle ouvre une réflexion sur la capacité des filières agricoles à imaginer de nouvelles voies de valorisation et de résilience après une crise.