Gaël Bardou

Ail rose de Lautrec : un savoir-faire tourné vers l’avenir

À l’occasion des 60 ans du Label Rouge et des 30 ans de l’IGP, le président du Syndicat de l’Ail rose de Lautrec, Gaël Bardou, revient sur les grandes étapes qui ont façonné la filière. Entre transmission, adaptation au changement climatique et évolution des attentes des consommateurs, il évoque les défis et les ambitions d’un produit d’exception.

2026 est une année importante pour l’Ail rose avec les 60 ans du Label Rouge et les 30 ans de l’IGP. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru par la filière depuis ces deux reconnaissances majeures ?

Gaël Bardou : C’est effectivement un double anniversaire. J’ai un sentiment de fierté car le Label Rouge, obtenu il y a 60 ans et l’IGP par la suite, sont de belles distinctions. Mais au-delà de ça, ce que je salue c’est la passation et la continuité qu’il y a de génération en génération. Au départ, un groupe de producteurs a su se réunir, se motiver et monter à Paris pour demander l’obtention de ce Label Rouge. L’avoir c’est une chose. Le conserver, c’en est une autre. Donc il y a eu 60 ans de travail avec une démarche qualité qui a été appuyée, soutenue et suivie. La filière fédère beaucoup ce qui fait que la génération qui arrive a toujours envie de suivre le travail qui a été fait par ses prédécesseurs. Et ces derniers accompagnent les jeunes qui arrivent. Et ça, c’est génial !

Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles attentes des consommateurs et comment la filière s’adapte-t-elle pour y répondre ?

Gaël Bardou : Si nous sommes encore là, c’est parce qu’il existe une forte demande de la part de consommateurs fidèles à nos produits. Nous avons néanmoins dû nous adapter, comme tout le monde, car les habitudes de consommation évoluent. Autrefois, les gros conditionnements se vendaient plus facilement. Aujourd’hui, les consommateurs privilégient des formats plus petits, avec davantage d’achats ponctuels plutôt qu’un important en une seule fois. Nous proposons donc plusieurs types de conditionnements : la manouille qui reste le format traditionnel pour les consommateurs qui y sont attachés, des formats de 500 g et d’un kilo, ainsi que des petits conditionnements de 250 g (trois têtes) ou 500 g, principalement destinés à la grande distribution. Nous proposons également des plateaux de 10 kg pour la vente au détail.

Cette évolution nécessite une véritable capacité d’adaptation. Le cahier des charges, créé en 1960, a lui aussi dû évoluer. Au fil du temps, des modifications y ont été apportées pour répondre aux nouveaux besoins. Après plusieurs ajustements, il a été nécessaire de le revoir en profondeur. Un nouveau cahier des charges est ainsi entré en vigueur il y a maintenant deux ans.

Les producteurs sont confrontés à des défis de plus en plus importants, notamment liés au changement climatique. Qu’est-ce que cela induit ?

Gaël Bardou : Parmi les adaptations, il n’y a pas seulement l’évolution des conditionnements. Aujourd’hui, le changement climatique fait pleinement partie de notre quotidien. Les dates de plantation et de récolte ont dû être revues. Autrefois, nous étions tenus de respecter des dates précises. L’Ail rose de Lautrec était récolté à la fin du mois de juin. Cette année, particulièrement précoce, tout était récolté au 20 juin. L’adaptation est donc devenue une réalité permanente. C’est d’ailleurs ce qui a motivé la révision du cahier des charges. En tenant compte des effets du changement climatique, il a été possible de supprimer les dates obligatoires de récolte. Avec l’ancien cahier des charges, il n’était pas possible de récolter l’Ail rose de Lautrec avant le 25 juin. Aujourd’hui, attendre cette date ne serait plus envisageable.

Quelles sont vos principales priorités pour préserver ce savoir-faire d’exception ?

Gaël Bardou : Au-delà de la promotion auprès des consommateurs, il est important d’assurer une communication régulière en interne avec nos producteurs adhérents et les ateliers de conditionnement. Nous entretenons des échanges permanents via divers canaux (e-mails, WhatsApp, etc.) et organisons régulièrement des réunions technique et d’information pour partager nos connaissances, accompagner les adhérents et maintenir un lien constant avec eux.

Comment souhaitez-vous renforcer ce lien entre terroir, gastronomie et patrimoine dans les années à venir ?

Gaël Bardou : Nous essayons d’être très dynamiques en matière de promotion. Nous impliquons un maximum d’adhérents, de tous âges, en favorisant le travail collectif. Nous cherchons à être présents sur le plus grand nombre possible d’événements. Le Salon de l’agriculture à Paris est une vitrine incontournable, tout comme celui de Toulouse. Nous n’avons pas pu y participer l’an dernier en raison de la grêle, mais nous espérons y revenir cette année. Nous participons aussi à d’autres évènements partout en France.

Au-delà de la vente, l’objectif est de faire connaître l’Ail rose de Lautrec. Sa notoriété a progressé, mais il reste encore beaucoup de personnes qui ne connaissent pas le produit. Nous multiplions donc les occasions de le promouvoir. Nous travaillons avec des chefs locaux qui réalisent des recettes à base d’ail rose de Lautrec. Ces démonstrations, filmées, permettent aux consommateurs de reproduire les recettes chez eux tout en offrant de la visibilité aux établissements des chefs. C’est un partenariat gagnant-gagnant auquel ils adhèrent volontiers.

Nous sommes aussi présents sur de nombreuses manifestations où le public peut découvrir et déguster le produit. Des producteurs retraités et des bénévoles s’investissent dans ces événements, notamment en préparant des soupes à l’ail. Cette mobilisation crée une véritable dynamique collective qui se met en place naturellement. L’idée est que chacun devienne un ambassadeur de l’Ail rose de Lautrec, y compris en dehors du département. Cette démarche porte progressivement ses fruits. Nous bénéficions du soutien du Département, qui participe à la promotion du produit, du travail mené avec les autres partenaires de la filière. Ces actions contribuent à renforcer notre communication et à fédérer les acteurs autour de notre produit.

Plus d’infos : Fête de l’Ail rose de Lautrec

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