Agneau de Lozère : préserver l’élevage extensif face aux nouveaux défis

Agneau de Lozère : préserver l’élevage extensif face aux nouveaux défis

Reconnue par une indication géographique protégée (IGP) depuis 2008, la filière Agneau de Lozère défend un modèle d’élevage pastoral fondé sur l’extensivité et une race locale de brebis. Alors que le changement climatique, la prédation et le renouvellement des générations fragilisent les élevages, l’association Élevage Ovin et Environnement en Lozère prépare une évolution de son cahier des charges. Son président, Baptiste Barrère, explique les enjeux de cette démarche et les ambitions de la filière.

L’Agneau de Lozère repose sur un modèle d’élevage extensif, caractérisé par le pâturage et la valorisation des ressources fourragères locales. Son cahier des charges impose le recours à une seule race de brebis, la Blanche du Massif central, et encadre, entre autres, l’âge et le poids des agneaux commercialisés sous IGP : moins de 130 jours et moins de 19 kg de carcasse.

Ce référentiel, élaboré dans les années 1990, ne correspond plus totalement aux caractéristiques actuelles des animaux. « La sélection génétique a progressivement augmenté le gabarit des brebis, ce qui conduit aujourd’hui la filière à envisager une évolution de ses critères », explique Baptiste Barrère, président de l’association Élevage Ovin et Environnement en Lozère (Elovel).

Parmi les évolutions envisagées figure le relèvement du poids maximal des carcasses de 19 à 20 kg. La révision doit aussi permettre de simplifier certaines règles de marquage devenues obsolètes au regard des exigences actuelles de traçabilité. Autre objectif : formaliser dans le cahier des charges des pratiques agroenvironnementales déjà mises en œuvre par les éleveurs, notamment le pastoralisme et la sortie des brebis. « Notre ADN éleveur, c’est l’élevage extensif. On doit conserver cet ADN, malgré les contraintes qu’on a aujourd’hui », insiste Baptiste Barrère.

Changement climatique et prédation : des contraintes croissantes

L’évolution du cahier des charges doit aussi tenir compte des nouvelles conditions d’élevage. La hausse des températures complique les mises bas estivales, indispensables pour proposer des agneaux à la vente à l’automne et au début de l’hiver. La filière encourage financièrement les éleveurs à désaisonner leur production afin de mieux répartir les volumes sur l’année.

L’approvisionnement en fourrage constitue une autre source de préoccupation. Le cahier des charges prévoit que les fourrages achetés proviennent de la zone IGP, un territoire restreint où les disponibilités peuvent devenir insuffisantes.

La prédation lupine limite, elle aussi, les possibilités de conduite extensive des troupeaux. « La prédation est un marqueur très important sur notre territoire. Elle limite aujourd’hui la conduite extensive et menace directement le pastoralisme », alerte le président d’Elovel.

Renouveler les générations et conforter les débouchés

Avec une grosse cinquantaine d’éleveurs, environ 13 000 brebis et 10 000 agneaux labellisés, la filière reste de taille modeste. Son développement dépend de sa capacité à attirer de nouveaux éleveurs, à assurer la transmission des exploitations et à maintenir les volumes de production. Pour y parvenir, Elovel intervient dans les lycées agricoles afin de faire découvrir le métier, accompagne les projets d’installation et soutient les élevages existants. Des incitations tarifaires encouragent aussi la production d’agneaux nés en été, commercialisés entre octobre et décembre.

En aval, la filière s’appuie sur un réseau de boucheries traditionnelles fidèles. Environ 60 % des volumes sont commercialisés à Paris, 30 % dans le sud de la France et 10 % en Lozère. Son organisation permet de préserver la traçabilité et la proximité entre producteurs et clients. Les éleveurs vendent leurs agneaux à la coopérative Célia, qui travaille avec Languedoc Lozère Viande, l’unique metteur en marché agréé de la filière. « Notre agneau part de la ferme et on sait chez quel boucher il va. On ne passe pas par des plateformes intermédiaires », précise Baptiste Barrère.

La filière mise aussi sur la promotion, les animations en boucherie et les visites d’élevages pour permettre aux professionnels de mieux connaître les pratiques des producteurs et de les valoriser auprès des consommateurs. Au-delà de ses qualités gustatives, l’Agneau de Lozère revendique ainsi un modèle qui contribue à l’entretien des espaces naturels et au débroussaillement des bois et des landes. Pour Elovel, l’enjeu des prochaines années sera de préserver cette identité pastorale tout en adaptant les règles et l’organisation de la filière aux réalités économiques et environnementales.

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