Assemblée générale de l'IRQUALIM 2026

AG de l’IRQUALIM : Une réflexion collective et durable sur la ressource en eau

Dans une région aussi vaste et contrastée que l’Occitanie, les réalités diffèrent fortement d’un territoire à l’autre. Pourtant, une même préoccupation s’impose à l’ensemble des acteurs agricoles et agroalimentaires : celle de préserver la ressource en eau devenue plus fragile.

Plusieurs années ont été marquées par des sécheresses sévères. C’est le cas entre 2021 et 2025 en Languedoc-Roussillon et plus particulièrement dans le Roussillon. De ce fait, la question de l’eau n’est plus perçue comme une difficulté ponctuelle. Elle s’installe durablement comme un enjeu structurel pour les filières agricoles, confrontées à des équilibres climatiques de plus en plus instables.

Les pluies tombées ces derniers mois ont permis de recharger partiellement certaines nappes phréatiques et d’améliorer temporairement la situation hydrique dans plusieurs territoires. Toutefois, cette accalmie reste fragile. Les tensions pourraient réapparaître rapidement, peut-être même dès cet été. D’où la nécessité de sortir d’une logique de gestion de crise pour engager une réflexion plus collective et plus durable sur l’avenir de la ressource en eau.

Des problématiques anciennes accentuées par le changement climatique

C’est précisément dans cet esprit que l’Irqualim a choisi de consacrer son assemblée générale annuelle aux enjeux de l’eau. Un thème de fond qui touche aujourd’hui l’ensemble des filières de qualité de la région. Pour nourrir cette réflexion, l’Irqualim a invité Éric Servat, hydrologue reconnu, directeur de la chaire UNESCO sur l’eau à Montpellier.

L’intervenant a rappelé que la gestion de l’eau n’est pas un sujet nouveau. Depuis l’Antiquité, les sociétés humaines ont toujours dû organiser l’accès, le stockage et le partage de cette ressource essentielle, aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif. Mais aujourd’hui, le changement climatique accentue fortement les déséquilibres existants. À travers plusieurs données scientifiques et prospectives hydrologiques, Éric Servat a montré que les défis à venir ne se résument pas à une simple baisse des précipitations.

Dans certains secteurs, notamment sur le bassin Adour-Garonne, les volumes annuels pourraient rester relativement stables. Mais leur répartition deviendra beaucoup plus irrégulière avec de longues périodes de sécheresse, puis d’épisodes pluvieux extrêmement intenses concentrés sur quelques jours seulement.

Pas une solution unique, mais une diversité de réponses

Cette évolution complexifie considérablement la gestion de l’eau. Lorsque les pluies tombent brutalement, une grande partie ruisselle sans pouvoir être réellement stockée. À l’inverse, les périodes de sécheresse prolongées accentuent les tensions entre ses différents usages (agriculture, alimentation en eau potable, industrie ou encore tourisme).

Éric Servat a insisté sur la nécessité de s’appuyer davantage sur les données scientifiques afin de mieux comprendre la place centrale de l’eau dans nos sociétés, qu’il s’agisse de production alimentaire, d’activités économiques ou des usages domestiques du quotidien.

Pour lui, il n’existe pas de réponse universelle applicable partout. Les solutions devront être adaptées aux réalités géographiques, climatiques et agricoles propres à chaque territoire. Et c’est justement cette diversité qui caractérise l’Occitanie. Entre les zones méditerranéennes soumises aux épisodes cévenols, les plaines viticoles ou encore les territoires du Massif central situés en altitude, les besoins et les contraintes changent profondément.

Des filières déjà fortement engagées dans l’adaptation

Une multitude de leviers doivent donc être combinés pour améliorer les capacités de stockage, optimiser l’irrigation, récupérer les eaux de pluie, mieux coordonner les usages, entre autres.

L’enjeu est aussi d’accepter que les réponses puissent varier selon les territoires et les filières, sans opposer les modèles entre eux. La table ronde organisée après la conférence a permis d’illustrer très concrètement cette diversité d’approches.

La filière de l’Oignon doux des Cévennes AOP a évoqué les conséquences directes des épisodes cévenols. Sur cette zone exposée, les automnes et les hivers peuvent être marqués par des pluies torrentielles, tandis que les étés connaissent d’importants déficits hydriques. Pour sécuriser les cultures, plusieurs projets de réservoirs sont à l’étude afin de stocker l’eau hivernale et de pouvoir l’utiliser pour l’irrigation au printemps et au début de l’été.

Certains pathogènes impactent sur la qualité et la quantité des eaux

Du côté de la filière Roquefort, les préoccupations portent autant sur la quantité que sur la qualité de l’eau. L’élevage et la production laitière nécessitent des ressources importantes pour l’abreuvement des animaux et l’alimentation des troupeaux.

Mais la transformation fromagère au lait cru impose également des exigences sanitaires particulièrement strictes. Les périodes de faible débit des sources favorisent souvent le développement de certains pathogènes, rendant les questions de qualité et de quantité étroitement liées.

Plusieurs actions ont déjà été engagées, notamment le Plan Eau depuis 2012, programme de prévention autour de la qualité de l’eau de nettoyage des outils et machines dans les ateliers de transformation ainsi qu’un projet collectif de récupération des eaux de pluie dans les exploitations agricole du territoire des Causses Méjean en Lozère.

Anticiper aujourd’hui pour préserver les productions de demain

Au sein de la filière IGP Pays d’Oc, la gestion de l’eau et de l’irrigation fait depuis longtemps l’objet d’une organisation collective entre les différents bénéficiaires, qu’il s’agisse des agriculteurs mais aussi de l’ensemble des usagers du territoire. Cette logique de coopération s’est notamment concrétisée dans les années 1950-1960 avec la création du canal du Bas-Rhône Languedoc, destiné à acheminer l’eau du Rhône vers le territoire languedocien.

La réflexion sur les enjeux liés à l’eau est même bien plus ancienne. Le pont du Gard, par exemple, constitue un ouvrage d’art emblématique de la région qui illustre parfaitement le fait que, dès l’Antiquité, les questions d’acheminement et de gestion de l’eau se posaient déjà, et que l’on cherchait à y apporter des réponses concrètes et durables.

Face aux bouleversements climatiques, les filières agricoles devront continuer à évoluer sans renier leur identité ni la qualité de leurs productions. Cette réflexion collective doit désormais s’inscrire dans la durée. Derrière la question de l’eau se joue aussi la capacité des territoires à préserver leurs productions, leurs paysages et leurs savoir-faire.

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